La Palestine ottomane, de Jaffa à Jéricho

Au pied de la planche de Jéricho, l'éditeur a imprimé sa légende en capitales, et en français : « 15,049. P. Z. – PALESTINE. JÉRICHO. » Aux États-Unis, la Detroit Photographic Co. vend les mêmes images — nous racontons ailleurs les deux maisons —, et les titres de son catalogue de 1905 rangent le lieu en « Holy Land », la Terre sainte. La Library of Congress, qui conserve ces tirages, reprend ces titres et y ajoute un repère entre parenthèses : « Israel » après Jaffa, « West Bank », la Cisjordanie, après Jéricho, et rien après Jérusalem. Nous écrivons « Palestine ottomane » : le nom que porte la planche, et l'empire qui gouverne alors ce qu'elle montre.

Une limite, une seule série

En juillet 1872, la Porte forme une province autour de Jérusalem, avec les sandjaks de Naplouse et d'Acre ; deux mois plus tard, Acre et Naplouse en sont détachés. Vers 1900, Jaffa et Jérusalem relèvent donc du moutassarifat de Jérusalem, placé sous le contrôle direct de Constantinople ; Haïfa et Tibériade, du sandjak d'Acre, rattaché en 1888 au vilayet de Beyrouth. La numérotation de l'éditeur, elle, court des deux côtés : Jaffa porte le numéro 15001, Haïfa le 15077, la vue générale de Jérusalem le 15145 — une seule série.

La côte

À Jaffa, la ville s'étage sur sa colline, et le premier plan appartient aux rochers, entre lesquels une barque se faufile à la rame, deux rameurs et un garçon à bord. Le port n'a pas de bassin profond : les navires mouillent au large, voyageurs et marchandises gagnent la terre en barque, et les derniers mètres se font parfois à dos de porteur. La planche ne montre ni le navire ni le voyageur : elle montre les rochers qu'il faut franchir à la rame pour toucher terre.

À Haïfa, le photographe s'est placé sur le rivage, sous un palmier penché : la ville tient dans une bande de maisons basses, entre la baie et les pentes du Carmel, et un champ de fleurs occupe tout le premier plan.

L'intérieur

À Tibériade, la ville est close de murailles à tours rondes, un fort sur la hauteur, le lac derrière elle et les monts de l'autre rive teintés de rose. À Jéricho, des maisons basses de pierre, coiffées de terre et de broussailles, bordent une place de terre battue qu'un âne traverse ; à gauche, un bâtiment à étages porte en capitales l'enseigne « JORDAN HOTEL ». Le voyageur, déjà, y a son adresse.

Restent les champs. Dans la plaine d'Esdrelon, c'est un chameau qui tire l'araire, un garçon à la longe. Ailleurs, un paysan laboure avec un bœuf et un âne sous le même joug, et sa légende ne nomme ni ville ni village : « PAYSAN DE PALESTINE ». Deux marchandes de lait aigre de Siloé se tiennent pieds nus devant une porte voûtée, chacune tenant sur sa tête une large bassine.

Et Jérusalem

Ces vues ont été faites pour être vendues, et leurs couleurs sont une décision d'atelier plutôt qu'une prise de vue : notre article sur le photochrome dit comment. Jérusalem, qui tient à elle seule la plus grande part de cet ensemble, a son propre texte, Jérusalem vers 1900, qui la lit par ses portes, ses hauteurs et ses métiers de rue.

Palestine ottomane

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